TROUVER UNE SPECIALITE

 

Les moments de découverte sont toujours excitants et formateurs, mais il est important d’avoir un fil conducteur, un objectif, et de ne pas sans cesse repartir à zéro.

Cela est d’autant plus vrai que l’architecture est une matière en évolution, technique et sociale, et que chaque projet est unique. L’architecte doit répondre à une demande et résoudre des problèmes spécifiques qui l’amènent à imaginer de nouvelles solutions et à se tenir à la pointe de l’innovation.

Les thèmes englobés dans l’activité de l’architecte étant vastes voire illimités, je crois que tout professionnel doit fixer ses centres d’intérêts et choisir quelques notions dans lesquelles il excellera.

 

FIND A SPECIALITY

 

Discovery times are always exciting and formative, but it is important to have an aim, an objective, and to not have to go back to a beginning level.

The architecture discipline is progressive, technically and socially, and each project is unique. The architects have to meet a request and to solve specific problems which bring them to imagine new solutions and to be aware of the latest technical innovations.

The topics of architecture are vast, even unlimited, and I believe that the architects must set their interests and choose a few notions which can be perfectly controlled.

 

 

CHRONIQUES D’ECHELLE

 

Il existe une relation étroite entre design (j’entends par ce mot aussi bien le mobilier que les détails constructifs), architecture et urbanisme. Dans chacune de ces matières on conserve la même démarche, le même questionnement, mais à des échelles différentes. Et toujours la position de l’homme (corps et esprit) est déterminante, chacun de ces objets ayant pour finalité d’être pratiqué, utilisé et touché par lui.

En ce sens, la frontière entre l’œuvre d’art et l’œuvre architecturale ou le design est de plus en plus difficile à déterminer. Pendant longtemps l’œuvre d’art se contentait d’être regardée, mais maintenant l’idée d’interaction et de participation de tous les sens et omniprésente. L’œuvre d’art répond aux besoins et questions d’une personne, l’artiste, alors que les œuvres architecturale et urbaines répondent aux demandes de la société et sont soumises a des réglementations précises.

L’urbanisme est une matière qui au premier abord semble très différente de la conception/réalisation d’un bâtiment donné. La dimension sociale et l’esprit théorique qui s’en dégagent lui donnent une valeur presque scientifique. Ce qui me passionne dans le projet urbain est la compréhension d’une ville de manière extrêmement complète, liant les étapes passées pour aboutir à l’état actuel. Le fait de connaître un lieu si profondément nous permet de l’aimer d’autant plus honnêtement.

Le changement d’échelle est facile à comprendre dans un projet de bâtiment. Il est alors intéressant de garder dans un projet donné la même démarche, depuis la conception générale du bâtiment jusqu’au dessin des détails techniques. Cette démarche instaure une relation très forte entre le projet architectural et la technique choisie pour sa réalisation. C’est une notion que j’ai réellement comprise en Australie, en travaillant avec un architecte constructeur.

Aux plans de conception se succèdent des plans techniques précisant les dimensions structurelles (on travaillait avec du bois) et des détails types ou généraux. Ensuite, la réalisation du projet dessiné fait l’objet de discussions permanentes avec les charpentiers. Il est alors question de régler chaque détail spécifiquement, ce qui fait à mon avis la qualité de la construction elle-même (relation entre les fondations et les poteaux, raccord des poteaux avec les poutres, traitement entre plancher intérieur et extérieur, impact des gouttières…). C’est un travail de design, qui associe une technique (comment le réaliser), un esthétisme (quelque soit le parti choisi, on doit faire preuve d’une cohérence globale, d’une unité à l’échelle du bâtiment), et une fonctionnalité (il ne faut pas empêcher ou gêner la pratique de l’espace). J’ai alors réalisé à quel point il est important que l’architecte soit présent à ce moment, et que pour être efficace il est essentiel qu’il ait une connaissance profonde du mode constructif mis en œuvre.

 

SCALE STORIES

 

A narrow relationship exists between design (furniture and constructive details), architecture and urbanism. In all these topics we keep the same method, at different scales. And always, the human situation (body and spirit) is decisive, because all these objects are made to be practiced, used and touched by the people.

In this approach, the border between Art and Architecture is difficult to determine. For a long time, the work of art was only to watch, but today the ideas of interaction and participation are omnipresent. The work of art answers the problems and needs of one person, the artist, while the work of architecture and urbanism answers the needs of a society and is submitted to specific regulations.

The urbanism is a topic quite different to the conception/realisation of a building. Its social dimension and theoretical spirit give it a value almost scientific. What fascinated me in the urban project is the understanding of the city in a very complete way, linking past stories to understand the actual state. The fact of knowing an area so deeply permits us to like it very honestly.

The change of scale is more evident in a building project. It is interesting in a project to keep the same approach, from the general conception until the drawing of the technical details. This method installs a very strong relationship between the architectural project and the technique chosen to realise it. This is a notion I have really understood during my experience in Australia, working with an architect and builder.

After the conception drawings, the technical drawings precise the structural dimensions (we were building in timber) and general details. After that, the drawings were object to permanent discussions with the carpenters. We had to precise each detail specifically, and I believe that this work gives to the building all its constructive quality (relationship between footings and posts, between posts and beams, between interior and exterior floors, gutters…). It is a design work linking technique (how to make it), aestheticism (whatever the choice is, we must have a global unity in the building) and functionality (the usage of the space is the most important). I have realised during this work how important it is that the architect is present at this stage, and, to be efficient, he must have a deep knowledge of the building technique used.

 

 

 

CONSTRUCTION ENVIRONNEMENTALE

 

La prise en compte de l’impact environnemental est une notion complexe et essentielle dans les travaux actuels. Ce concept est récent dans son application et est encore souvent à un stade expérimental. Le secteur du bâtiment en France est responsable de 25% des émissions de gaz carbonique. A l’importance de prendre soin de notre planète s’ajoute pour moi la satisfaction de vivre en harmonie avec la nature, l’idée de respect et d’intégration à un milieu donné.

Dans cette démarche il est fondamental de se pencher sur les modes de construction traditionnels qui sont le résultat de siècles d’adaptation à un environnement. La conception du projet (l’esquisse) doit être consciente de ces connaissances, les conserver et les intégrer aux modes de vie et aux problématiques actuels. C’est aussi à ce moment que l’impact environnemental de la « vie » du bâtiment doit être étudié (consommations d’énergies et d’eau, durée de vie, entretien…).

Lors de la construction du bâtiment, il est très difficile de contrôler l’impact environnemental causé.

En Tasmanie, la majorité des constructions sont en bois, ce qui semble logique : peu de carrières et beaucoup de forêts. Et pourtant, en s’intéressant au sujet, on découvre beaucoup de problèmes : plus de 4% du territoire est constitué de forêts plantées (appauvrissement des sols, réduction de la biodiversité) et chaque année 20 000 ha d’anciennes forêts natives sont remplacées (partiellement brûlées) par de nouvelles plantations ; la plupart de ces exploitations utilisent des pesticides afin d’éliminer les animaux qui mangeraient les jeunes pousses et d’éviter les maladies (extermination du diable de Tasmanie, pollution des nappes phréatiques)… de plus, les plantations sont trop arrosées et produisent un bois moins dense donc de moins bonne qualité qu’un arbre de forêt naturelle qui aura mis beaucoup plus de temps à grandir, d’où l’exploitation (raisonnée ?) de forêts centenaires. A tous ces problèmes qui font la complexité de l’écoresponsabilité, s’ajoute le fait qu’une grande partie du bois produit en Tasmanie est utilisée pour le papier et que le secteur de la construction importe encore parfois du bois.

Il est extrêmement difficile de contrôler ce processus, quoi que l’homme fasse, il a un impact, et il n’est pas évident de décider ce qui est bien, ou mieux…. L’architecte ne peut pas résoudre tous les problèmes ! Mais il doit alors se renseigner sur les différents types de certifications.

 

ENVIRONMENTAL BUILDING

 

The awareness of the environmental impact is a complex notion which is essential in actual architecture works. This concept is recent in its application and is still at an experimental level. The building industry is responsible of 25% of the French carbon emission. At the importance of taking care of our planet is added the satisfaction of living in harmony with nature, the ideas of respect and integration in a specific area.

In this approach, it is fundamental to understand the traditional ways of construction, which are the result of centuries of adaptation to a place. The project conception must consider this knowledge, conserve it and integrate it to the ways of life and actual set of issues. It is also from the very beginning of the project that we must study the environmental impact of the building’s life (energies and water consumptions, life span, maintenance…).

The impact of the building’s construction seems to me a very difficult point to control.

In Tasmania, the majority of buildings are in timber, which sounds logical: very few quarries and plenty of forests. However, when we look into the topic, we discover a lot of problems: more than 4% of the territory is constituted by forestry (soils impoverishment, less biodiversity) and each year 20 000 ha of old growth forest are replaced by plantations; these exploitations use pesticides in order to kill animals which will eat young trees and to avoid diseases (Tasman devil’s sickness, pollution of the water tables)… moreover, the plantations are copiously watered and produce a timber less dense and so of lower quality than an old growth timber which takes a lot longer to grow. Hence the (reasoned?) exploitation of old forests. All these points make the complexity of eco responsibility… and there is more: a big part of the Tasmanian growth timber is used for paper, and builders still have to import part of their timber products. It is extremely difficult to control this process, whatever man do, there is an impact and it is complex to judge what is better… the architect can not solve all the problems! But he has to know the different kind of certifications.

 

 

L’ARCHITECTURE DANS LA MONDIALISATION

 

L’activité de concours liée principalement aux projets publics est essentielle.

Elle oblige l’architecte à se tenir informé des évolutions sociales, des innovations techniques, à se remettre constamment en question.

Elle permet aussi de travailler sur des réalisations de grande envergure dans lesquels la pluridisciplinarité des projets architecturaux et urbains prend tout son sens. La discussion avec les entreprises, mais aussi les ingénieurs, les sociologues, les paysagistes, les artistes… est sans aucun doute le moyen privilégié pour perfectionner un domaine.

Aujourd’hui ces réflexions se font à l’échelle mondiale, il s’agit de mettre en commun des connaissances diverses, de s’inspirer d’autres cultures qui répondent à des problématiques (climat, activités…) différentes, mais dont certains détails et réflexions peuvent résoudre des problèmes particuliers.

Par exemple, en Tasmanie le climat, bien qu’océanique, s’apparente parfois au climat méditerranéen français (vents, soleil violent, proximité mer et montagne). Les anglais qui ont peuplé l’Australie y ont amené leur mode de vie, leurs « maisons » adaptées au climat anglais et l’influence coloniale de l’architecture. Les solutions de l’architecture traditionnelle méditerranéenne (orientations, protections solaire, patios…) peuvent souvent s’appliquer avec succès aux problématiques de la Tasmanie.

Réciproquement, l’Australie est un pays dont la nature est particulièrement fragile et surprenante : c’est un continent qui a été séparé des autres terres depuis très longtemps ce qui a engendré une évolution biologique unique non influencée par les autres continents. Cette situation a amené les Australiens à protéger leur nature et à l’aimer, à vivre sans la détruire, alors que l’histoire de l’Europe met toujours en conflit le sauvage et le civilisé (il est important de préciser que l’Australie n’a pas de grands prédateurs pour l’homme, sa faune est comparable à celle d’une île car l’espace viable, une fois le désert soustrait, est relativement limité).

Chaque région du monde a développé des spécificités techniques liées directement aux matériaux disponibles sur place, au climat et aux activités humaines.

Je trouve ces comparaisons et relations entre les pays très enrichissantes et afin de les développer l’architecte doit avoir une activité internationale.

 

 

THE ARCHITECTURE IN THE GLOBALIZATION

 

The competition activity in architecture, mainly associated with public buildings, is essential. It requires that the architect keeps informed of the social evolutions, the technical innovations, and put him in question.

It permits also to work on big scale buildings, in which the multidisciplinary side of architecture and urban projects take all its sense. The discussions with building societies, but also with engineers, sociologists, landscape professionals, artists… are with no doubt a privileged way to perfection our work. Today, these reflections are made at a world scale; it is about putting in common our knowledge, to be inspired by other cultures which can resolve specific problems.

For example, in Tasmania, the oceanic climate is sometimes similar to French Mediterranean climate (winds, violent sunshine, proximity between ocean and mountains). The English people brought their way of life and their “houses”, adapted to English climate and influenced by colonial architecture. The traditional Mediterranean architecture has some characteristics which can be used with success in Tasmania (orientations, solar protections, patios…).

Reciprocally, Australia is a country where nature is fragile and surprising: the continent was separated from the other lands very early and a specific biologic evolution has been developed. Australians are well used to protect their environment and to live with it, while the European story has always been made by the conflict between wild and civilized areas (it is important to notice that Australia hasn’t any human predator, its fauna is similar to an island one because the liveable area, without the desert, is relatively small).

Every place in the world has developed technical specificities connected with the materials available, the climate and the human activities.

I find these comparisons and connections between countries very meaningful, and to develop them the architect need an international activity.